4.3. Rome (partie 5)
Les places de Rome
Les places ont toujours été des lieux destinés aux réunions populaires, aux comices politiques, aux célébrations sacrées
et profanes, aux rendes-vous des marchands, à la réception des hôtes illustres, et aussi aux révoltes et aux exécutions
capitales.
La place romaine prend la suite du « forum » latin, mot qui signifiait à l'origine un espace libre, hors de la ville (« foras »,
« foris » = dehors, ou « foris » = la porte) où se trouvait le marché. La plupart des 18 forums romains portent le nom du
produit que l'on y vendait : Forum Boarium (des boeufs), Forum Olitorium (des légumes), Forum Piscarium (des
poissons), Forum Suarium (des porcs), Forum Pistorium (du pain, aujourd'hui Via dei Fornari = des boulangers), Forum
Vinarium.
Puis le Forum devient la place publique, au coeur de la ville ; il symbolise la vie publique quotidienne, les affaires, surtout
financières, la vie politique et l'art oratoire, les tribunaux (en italien, l'adjectif "forense" signifie encore: qui se rapporte au
Palais de justice, au barreau ; "l'eloquenza forense", "la professione forense" = la profession d'avocat)
A partir de la fin de la République, les places deviennent des lieux théâtraux symbolisant le pouvoir politique et dont les
temples et les édifices publics servaient de toile de fond. Plusieurs forums furent construits pour célébrer solennellement
un évènement important, celui de César pour fêter la bataille de Pharsale, celui d'Auguste (consacré à Mars Vengeur)
pour commémorer la victoire sur Brutus et Cassius, assassins de César, à la bataille de Philippe.
Après la chute de Rome, la décadence de la ville et l'arrivée du christianisme, les églises viennent remplacer les temples
en ruines, et les palais féodaux les anciens palais impériaux ; les places perdent leur rôle social et deviennent de simples
appendices des églises. Les Forums s'enfouissent sous les décombres, le Forum romain devient un champ où paissent
les vaches (« Campo vaccino »). C'est seulement après le retour des papes d'Avignon que la ville reprend vie, se
repeuple (elle était passée de 1 million et demi d'habitants sous l'Empire à 20.000 au Moyen-Âge) et se reconstruit. Sixte
IV (1471-1484) élabore le premier plan d'urbanisme. La ville qui, sous l'empire romain, était tournée vers les rues
conduisant en Orient, s'oriente maintenant vers le nord : la piazza del Popolo devient la principale porte de Rome.
Avec la Contre-Réforme et l'essor de l'art baroque, la place reprend un rôle essentiel : elle devient le cadre idéal de la
scénographie romaine, et elle est à nouveau conçue comme un grand décor du théâtre urbain, qui inclut les façades
d'églises et de palais, les fontaines, les obélisques et l'ensemble des monuments. Chaque place prend donc sa
configuration particulière, sa couleur, son charme, sa signification en fonction des statues qui la peuplent, chacune a son
type de marché populaire, ou son immobilité silencieuse, chacune a son atmosphère propre, qui change selon qu'on la
voit à la lumière de l'aube ou au coucher du soleil. Chacune exprime un état d'âme de Rome.
L'ouvrage de Cesare Jannoni Sebastianini, Le piazze di Roma (Schwarz & Meyer Editori, Roma, 1986) décrit 88 places
de Rome. Nous ne les verrons pas toutes, bien sûr, et on trouve des descriptions des plus importantes dans tous les
Guides.
Les indications sont parfois sommaires sur l'histoire et la symbolique de chaque place. Ainsi, Piazza del Popolo n'est pas
la place du "peuple", mais du "peuplier" (populus, pioppo), arbre qui entourait la place au Moyen-Âge. Piazza S.
Anastasia (à l'origine, dell' « Anastasi », de la Résurrection) était le lieu où s'assemblaient les gardiens de boeufs à la
recherche de travail ; sur la Piazza Barberini, on célébrait les jeux consacrés à la déesse Flore ; la petite Piazza del
Biscione devait son nom à un des hôtels qui l'entouraient, géré par un milanais (la couleuvre est l'emblème de Milan) ; la
Piazza del Gesù, toujours battue par le vent, trouve une explication légendaire du phénomène : un jour, le Vent et le
Diable, parcourant Rome, se retrouvèrent devant l'église ; le Diable dit au Vent qu'il avait une affaire importante à
dépêcher et lui demanda de l'attendre, il entra dans l'église et n'en sortit jamais : depuis, le Vent attend le retour du Diable
sur la place... Une autre légende se rapporte à Piazza in Campo Marzio : Gerbert d'Aurillac, le pape Sylvestre II, avait la
réputation d'être sorcier. Il y aurait eu sur la place une statue qui tendait l'index droit, et sur le doigt était écrit « Percute
hic » (frappe ici). Beaucoup avaient tenté de frapper le doigt sans succès. Gerbert un jour marqua le point où tombait
l'ombre de l'index, puis revint de nuit avec un serviteur, ouvrit la terre en ce point par un enchantement, et vit le fabuleux
trésor d'Octavien (jamais retrouvé). Il ne put cependant pas l'emporter parce que les statues d'or massif qui gardaient le
trésor, agressaient ceux qui tentaient de s'approcher. Gerbert referma donc la terre, et le trésor resta là... Espérons que
le miracle de la neige ne se renouvellera pas durant notre séjour : dans la nuit du 5 août 352, le pape Liberius et un
patricien romain eurent en même temps la même vision de la Vierge qui les invitait à construire une église sur le lieu où
ils trouveraient la neige intacte le lendemain matin. C'est aujourd'hui la place S. Maria Maggiore...
On pourrait raconter Rome à travers l'histoire de ses places.
Les fontaines de Rome
A chaque place sa fontaine, point d'aboutissement des anciens aqueducs romains détruits par les Barbares et
reconstruits par les papes. C'est un autre élément symbolique essentiel de l'urbanisme romain. L'eau est le devenir, le
temps qui passe. Dans la fontaine, l'eau ne court pas mais reste sur place, comme si le temps s'enroulait sur lui-même,
s'immobilisait dans une sorte d'éternité. Et lorsque la fontaine est assortie d'un obélisque dressé vers le ciel, cette
maîtrise du temps devient presque absolue, comme on le voit à la fontaine de la place du Quirinal ou à celle de la place
Navone. C'est ce qu'ont voulu les papes qui ont conçu places et fontaines : l'Eglise est maîtresse du temps et
dispensatrice d'éternité ; le pape détient les clés qui ouvrent le Royaume des Cieux, comme le rappelle l'inscription
intérieure en lettres d'or de la coupole de Saint-Pierre ("... CLAVES REGNI ..."). D'où l'extraordinaire dérision de la mort
omniprésente à Rome, dont l'expression extrême se trouve dans le cimetière des Capucins de S. Maria della
Concezione, au pied de Via Vittorio Veneto : la décoration est réalisée avec les ossements de 4000 capucins qui forment
des stucs de vertèbres, des autels de crânes ou de tibias, des lustres de côtes ... jusqu'à un squelette d'enfant qui orne le
plafond d'une des six chapelles !
Cette éternité conquise se double de tous les éléments de la sensualité baroque, des Néréides et des Naïades nues de la
place Navone et de la place de la République, jusqu'aux éphèbes nus de la Fontaine des Tortues, place Mattei, tout
concourt à cet éveil des sens dont la séduction devait ramener le peuple à la « vraie » religion romaine battue en brèche
par la Réforme luthérienne.
Les dauphins, - consacrés non seulement à Neptune mais aussi à Vénus -, s'ébattent dans les fontaines de la place
Nicosia, de la place de la Rotonda, de la place Colonna, et même de la place S. Pierre, gages de Salut des naufragés ...
et des pécheurs puisqu'ils symbolisent aussi le Chris Sauveur. Le Triton, fils de Neptune, se dresse dans les fontaines de
la place Barberini et de la place Navone, avec le cheval (Fontaine des Quatre Fleuves) et le lion (fontaines de Piazza del
Popolo, des Quatre Fleuves et de la place S. Pierre).
Cela est l'occasion de parler du bestiaire.
Le bestiaire romain
Rome est habitée par les romains mais aussi par une quantité incroyable d'animaux, ceux en chair et en os, comme les
chats qui peuplent le Colisée ou le tour de la pyramide de Cestius, et ceux qui sont peints ou sculptés sur les monuments,
dans les fontaines ou ceux qui figurent sur le blason des papes (les abeilles des Barberini, les colombes des Pamphilj, les
dragons et les aigles des Borghese ou le lion avec des poires des Peretti, la famille de Sixte V) : une véritable arche de
Noé comme celle que Raphaël peint dans la Loggia du Vatican. Une chatte égyptienne regarde du haut de la corniche
d'un palais, une tête de cerf avec une croix entre les cornes domine le tympan d'une église, une truie est encastrée sur la
façade d'une maison, une louve étrusque allaite deux jumeaux ... Ce bestiaire fantastique est un parcours de l'histoire
romaine. Mais surtout, il raconte les histoires, les mythes, les symboles que chaque époque, chaque pape, chaque
constructeur a considérés comme essentiels pour dire, pour faire la ville de Rome. On ne comprend pas Rome sans son
bestiaire. Il faut chercher les petites bêtes ! Et on pourrait raconter Rome le long d'un itinéraire qui irait d'une bête à
l'autre.
En voici quelques-unes :
* La louve : Un bestiaire de Rome ne peut que commencer par la louve, « mère des Romains ». L'histoire est
connue, racontée par tous les historiens latins, des deux enfants, fils de Rhéa Silvia, petits-fils du bon Numitor, chassé du
trône d'Albe par son méchant frère Amulius. Pour supprimer tous les descendants de Numitor, Amulius fait jeter au Tibre
les enfants de Rhéa (et du dieu Mars...). Le panier dans lequel ils ont été déposés s'échoue au pied du Palatin (près de
l'actuelle église de S. Anastasia), sous un figuier. Une louve, descendue au fleuve pour se désaltérer, les entend crier et,
au lieu de les croquer, leur tend ses mamelles pleines de lait. Un berger voit la scène, et s'approche ; la louve se retire
tranquillement dans un bois consacré au dieu Faunus et dans une grotte creusée dans le flanc de la colline, appelée
ensuite « Lupercal ». Le berger étrusque Faustulus, qui connaissait l'histoire de Rhéa et des deux enfants, emmena les
enfants chez lui et les confia à sa femme Acca Larentia. Mais Tite Live suggère que cette Acca était peut-être dite « la
Louve » parce qu'elle se prostituait auprès des bergers, et « Lupa » signifiait aussi « prostituée » en latin, comme en
italien dans le sud du pays jusqu'au XIX siècle (cf la nouvelle de G. Verga).
Le louve est représentée par « la Louve capitoline », statue traditionnellement considérée comme étrusque (attribuée à
Vulca, grand sculpteur de Veies, du Ve s. av. J.C., pour décorer le temple de Jupiter Capitolin), mais qui ne fut retrouvée
(sans les deux jumeaux) qu'au Xe s. apr. J.C.. Jusqu'en 1473, elle présida aux exécutions des condamnés à mort devant
le Latran, puis elle fut donnée par Sixte IV aux Conservateurs du Capitole qui firent réaliser les enfants par A. Pollaiuolo,
en 1471, et la firent transférer au Capitole. Depuis les restaurations de 1997, l’étude du bronze et de la technique de
fusion permet d’affirmer que la louve aussi est de fabrication médiévale et non d’antiquité étrusque.
Au-delà des discussions sur l'origine exacte et l'histoire de la statue, les historiens s'accordent sur une chose : la louve est
bien l'animal totémique de Rome, héritage du dieu-loup adoré par les Etrusques et les Sabins chez qui il était le symbole
du dieu Mamers, équivalent du Mars latin. Un autre dieu-loup sabin était Soranus, en l'honneur de qui on célébrait des
rites de purification par le feu dont les acteurs étaient revêtus de peaux de loups : le peuple, dit Varron, « februatur » (se
purifiait) ; c'était en « février », le mois des purifications. Ces fêtes étaient aussi l'occasion de rites appelant la fécondité
des femmes : les « Luperci » (ceux qui célébraient ce rite) découpaient des lanières de peau de bouc (« hircus »
associé à « hirpus », le loup) et en frappaient le dos des femmes, assurant ainsi leur fécondité. On disait encore en
français : « elle a vu le loup », d'une femme qui avait « connu » un homme (comme Rhéa Silvia avait « vu » Mars,
dieu-loup !).
Mais un autre dieu est assimilé au loup, Apollon, le dieu du soleil. Apollon est dit aussi « Lycogenes », c'est-à-dire
« engendré par un loup » : sa mère, Létho, aurait été transformée en louve par Jupiter ou aurait vu un loup pendant
qu'elle était enceinte. En grec, « Lykos » (le loup) a la même racine que « Lyke » (la lumière). Le loup : dieu solaire,
dieu fécondateur, dieu purificateur ...
La reprise et la réélaboration par les Romains de mythes et de rites très anciens centrés sur le loup visaient donc à
manifester l'origine divine de la ville, à l'enraciner dans un mythe fondateur divin : Rhéa descendait de Vénus par son
ancêtre Enée, elle engendre Romulus et Remus, les fondateurs, avec le dieu Mars, dieu-loup, et c'est une louve qui
sauve et nourrit les enfants, tout cela au pied de la colline (le mamelon, « Ruma ») du Palatin, site de la fondation de
Rome, sous le figuier « Ruminal », c'est-à-dire sous l'arbre qui était le symbole universel de l'Arbre cosmique qui unit le
ciel et la terre (cf l'arbre du Paradis terrestre dans la Genèse, celui dont Eve cueille le fruit et des feuilles duquel Adam et
Eve recouvriront leur nudité) ; le figuier était aussi le symbole de Dionysos, autre image, avec Apollon, du dieu qui nourrit,
informe et purifie le Cosmos. Si on ajoute que les jumeaux traversent les eaux, symbole du devenir, on peut dire que la
fondation de Rome a en tous points la couleur d'une épiphanie, d'une manifestation divine : elle est née, la divine enfant...
Plus tard, l'empereur Constantin, voulant consacrer l'Empire au Christ, frappa une monnaie représentant une louve
allaitant les jumeaux, au-dessus de laquelle trônait entre deux étoiles le monogramme du Sauveur. Depuis, les
représentations de la louve sont innombrables chez les peintres et les sculpteurs, dont ce diptyque d'ivoire du Xè siècle,
aujourd'hui au Vatican, représentant une louve romaine soutenant un Christ crucifié, après tout lui aussi fils d'une vierge
fécondée par un dieu...
Alors qu'ailleurs la louve est volontiers un symbole négatif de lubricité (que rappelle Tite Live dans son explication de la
louve - prostituée), Rome a retenu essentiellement le symbole positif de la louve divine nourricière. Tellement que, jusque
vers les années 60 de notre siècle, une louve vivante était gardée dans une cage au bord de l'escalier qui monte au
Capitole. Il existe une Via della Lupa.
Remarquez donc les louves ... et tâchez de voir le loup pendant votre voyage !
* L'éléphant : autre animal romain symbolique, connu depuis la guerre contre Pyrrhus qui les avait introduits en Italie
du sud en 280 av. J.C. Les éléphants d'Hannibal ne furent donc pas une surprise pour les Romains en - 218-201. L'ivoire
était par ailleurs un matériau apprécié chez les Hébreux (le trône de Salomon), les Grecs et les Romains. Chez les
premiers chrétiens grecs, on représentait la souveraineté divine du Christ par un trône d'ivoire et d'or portant l'Evangile et
une colombe ou une croix de pierres précieuses avec les instruments de la Passion. Le blanc représentait la splendeur et
la chasteté du Christ.. Pline, décrivant la vie sexuelle des éléphants, disait déjà que l'éléphant était un modèle de pudeur
et de pureté.
En 1514, le roi de Portugal offrit un petit éléphant au pape Léon X, qui le fit conduire triomphalement au Vatican et lui fit
construire une grande étable. On l'appela Hannon, en souvenir du général d'Hannibal durant sa campagne d'Italie.
L'éléphant était visité par le peuple de Rome et inspira de nombreux artistes. C'est un autre éléphant, introduit à Rome en
1630, qui inspira le Bernin pour sa composition de la Place de la Minerve. Voulu par le pape Alexandre VII et complété
par l'obélisque, l'éléphant voulait signifier, outre la pudeur, l'intelligence et l'équilibre d'esprit sur lequel le chrétien peut
faire germer la sagesse orientée vers le ciel. Ce qui n'empêcha pas le Bernin de donner à son petit éléphant une attitude
très irrespectueuse pour les dominicains du couvent auquel il montre son derrière, indiqué par la trompe !
* La truie, le porc et le sanglier sont liés aussi aux origines lointaines de Rome, et la ville en est parsemée. Quand
Enée fut parvenu à l'embouchure du Tibre, il vit en rêve le dieu de la région, Tiberinus, qui lui annonça que le lieu où il
fonderait la ville lui serait indiqué par une truie blanche couchée en train d'allaiter ses trente petits (Virgile, Enéide, Livre
VIII) : la truie blanche représenterait Albe la Longue (Alba = blanc) et les trente peuples qu'elle engendrerait. Mais la truie
évoque aussi un symbolisme plus profond : elle a dans la religion romaine les attributs de la Grande Mère, symbole de
fécondité.
Quant au porc, il était déjà un élément important de la cuisine romaine. C'est seulement avec l'arrivée du christianisme
que, sous l'influence du judaïsme qui le considérait comme impur, le porc prend une signification négative : animal sacré
des Celtes, il est diabolisé par les chrétiens hostiles à la religion celte. Le petit cochon qui suit S Antoine Abbé, protecteur
des fabricants de brosses, est cependant sans doute un écho d'anciens mythes populaires grecs ou celtes.
Cherchez à Rome les représentations des truies, porcs et sangliers !
* Le coq, l'oie, le cygne, le pélican, le paon, la chouette, le faucon et la colombe sont les oiseaux les plus
fréquemment présents dans l'iconographie et la sculpture romaine. Les oies avaient sauvé Rome de l'invasion gauloise
en -390, et Pline appréciait leur foie énorme « qui continuait à grossir si on le plongeait dans le lait et le miel » ; il aimait
aussi « les palmures d'oie passées à la poêle avec des crêtes de coq »... Le cygne était un symbole solaire ; il avait
présidé à la naissance d'Apollon et c'est transformé en cygne que Jupiter séduit Léda pour donner naissance aux
Dioscures et à Hélène et Clytemnestre. Le paon, symbole céleste consacré à Junon, représente le printemps et la
résurrection. La chouette de Minerve est symbole de sagesse, puis représente le corps du Christ abandonné par ses
disciples. Le faucon est emprunté par Auguste à la mythologie égyptienne où il représente le dieu solaire Horus, celui qui
triomphe des forces du mal. La colombe était l'attribut de la Grande Mère de la fécondité et d'Aphrodite ; buvant l'eau
d'un bassin, elle représente l'âme qui s'abreuve à la fontaine de Mnémosyne et conquiert l'immortalité ; elle est l'Esprit
Saint et elle accompagne le Christ ; elle est la colombe de Noé qui rapporte le rameau d'olivier, et donc le Christ qui
apporte le Salut. Ou, chez les Juifs, le symbole du peuple d'Israël.
Mais il faudrait ajouter l'aigle, le serpent, le dragon, le phénix, le poisson, le dauphin, la licorne, l'agneau, le cerf, le
taureau, l'âne, le cheval, le lion, le chien, le chat, tous très présents dans le bestiaire romain ... et dans le blason des
familles romaines : le bouc dressé des Altemps, les abeilles des Barberini, le dragon des Boncompagni, l'aigle des
Borghese, des Caetani, des Ludovisi, des Mattei, le boeuf des Borgia, le faucon des Falconieri, le grillon des Del Grillo,
le lion des Massimo, des Odescalchi et des Sforza, l'anguille des Orsini, la colombe des Pamphilj, le hérisson des
Ricci, la couleuvre des Visconti et le lynx de l'Académie des Lincei (académie romaine fondée en 1603, ... une sorte d'
Académie française locale !). Sans oublier le singe, très présent à Rome, comme en témoigne l’existence au XIIe siècle
d’un temple appelé Santo Stefano del Cacco (du macaque), d’une Tour du Singe et plus tard d’une « via del Babbuino »
(du babouin).
Amusez-vous à découvrir ce grouillement de la faune romaine, dans les palais, les fontaines, les églises, les tableaux.
DEUXIÈME PARTIE
Rappels sommaires d'histoire et d'art
1) Note sur l'origine de Rome:
Quand l'archéologie vient confirmer la vérité historique
de la légende
Beaucoup de guides continuent à reprendre la vieille thèse selon laquelle le récit de fondation de Rome par Romulus en -
753 ne serait qu'une légende. Ainsi Rome (Guides Voir, Hachette, 1995, p. 16), rappelant la présence ancienne des
Etrusques et leur prise de pouvoir à Rome (premier roi étrusque en -616), ajoute : "Les vestiges laissés par ces derniers
montrent que ce fut sous leur domination que Rome devint une véritable ville". Avant, il n'y aurait eu que des villages plus
ou moins fédérés, mais pas une ville, mais pas une "fondation".
Or les découvertes archéologiques d'Andrea Carandini à partir de 1985 sont venues confirmer qu'à une date située entre -
750 et -725 un fossé avait bien été creusé autour du Palatin, une muraille avait bien été édifiée, une porte avait bien été
ouverte (Porta Mugonia). Or, à quoi bon ouvrir une porte s'il n'y a pas de muraille ? Les historiens sont en mesure
d'affirmer aujourd'hui qu'une ville a bien été "fondée" sur le Palatin vers le milieu du VIIIe siècle av. J.C.
Recherchant les magasins et marchés impériaux et les maisons des consuls de la fin de la République, Carandini, les
ayant trouvés, descend plus bas, découvre de grandes demeures à atrium des Tarquins (vers -530) ; il descend encore et
trouve un fossé, des murs et une porte remontant au VIIIe siècle. Sous le seuil de la porte, il découvre dans une fosse un
dépôt votif (comportant une coupe hémisphérique, une tasse à anse, un grelot en forme de poire, deux broches en
bronze, un petit disque perforé en os) qui permet de confirmer la datation et de formuler l'hypothèse, confirmée pour
d'autres lieux, d'un rituel de fondation peut-être accompagné d'un sacrifice d'une petite fille à la déesse primitive du
Latium, Mater Larum, la Mère des dieux Lares, les rois mythiques du Latium. Ceux-ci étaient représentés par deux
couples de frères, les jumeaux Picumnus (le pic, - l'oiseau qui assiste la louve, dans de nombreux récits -, et la hache) et
Pilumnus (le « pilum », la lance), et les frères Faunus et Latinus, ancêtres de Romulus. Et deux sont par définition les
ancêtres divinisés des Latins (les Lares), comme deux étaient les Dioscures (Castor et Pollux) dont le culte est attesté
très tôt à Rome, comme deux seront Amulius et Numitor, ou Romulus et Remus.
Les résultats de ces découvertes ont été synthétisés dans l'ouvrage d'A. Carandini, La nascita di Roma. Dei, Lari, eroi e
uomini all'alba di una civiltà, Torino, 1997, et dans le catalogue de l' exposition Roma, Romolo, Remo e la fondazione
della città qui s'est tenue à Rome de juin à octobre 2000 (Electa, 2000, 368 p.) et où tous ces matériaux ont été présentés
au public. On peut lire en français l'ouvrage d'Alexandre Grandazzi, La fondation de Rome. Réflexions sur l'histoire,
préfacé par Pierre Grimal, (Les Belles Lettres, 1991). Certes, les méthodes de l'histoire et celles de la mythologie diffèrent
et il ne faut pas les confondre, mais il faut aussi reconnaître que sur ce point elles aboutissent à des résultats convergents
: Rome a bien été fondée sur le Palatin vers le milieu du -VIIIe siècle.
D'autres fouilles confirment l'existence historique de réalités autrefois considérées comme de simples récits mythiques par
les historiens positivistes : les cabanes du Palatin, dont la cabane royale, toujours reconstruite après les incendies;
toujours conservée intacte de toute autre construction ; les fouilles de la « Regia » (demeure royale) sur le Forum, qui
confirment l'authenticité de la période royale primitive ... La découverte récente (2007) d’une grotte se trouvant sous la
maison d’Auguste au Palatin et décorée par les soins d’Auguste est un autre élément d’illustration de la force du mythe
des origines de Rome.
D'autres mythes de fondation complètent l'histoire de Romulus et Remus : le récit de l'enlèvement des Sabines
correspond à un rite nuptial primitif rappelant les pratiques des colons grecs, qui n'avaient d'autre possibilité que de se
procurer, souvent par la violence, des femmes indigènes ; le rite se déroulait précisément dans la Valle Murcia (actuel
Grand Cirque) au moment des fêtes rituelles en l'honneur du dieu des moissons Consus. Il rappelle aussi la tradition de la
double origine ethnique de Rome : Latins et Sabins, déjà suggérée par le mythe des jumeaux.
Un autre mythe étiologique (analyse des origines) est celui d'Acca Larentia, à la fois femme de l'étrusque Faustulus et
prostituée du temple d'Hercule sur le Forum Boarium, au pied du Palatin : la légende raconte qu'un prêtre d'Hercule (le
premier héros grec à être passé à Rome), désoeuvré, aurait proposé au dieu un partie de dés, l'enjeu étant le don d'un
repas et d'une prostituée. Ayant perdu, le prêtre enferme dans le temple, à la disposition d'Hercule, un bon repas et la
plus belle des prostituées sacrées. Sortant du temple, Acca Larentia, selon la prédiction d'Hercule, rencontre un très riche
marchand étrusque, un certain Tarutius, qui, frappé par sa beauté, l'épouse et lui laisse à sa mort des biens considérables
qu'elle-même léguera en testament à la ville ; ce fut la première expansion territoriale de la Rome primitive, liée à l'activité
marchande du Forum Boarium (présence très ancienne de marchands grecs et phéniciens, confirmée par les fouilles de
S. Omobono, zone comprise dans le Forum Boarium). On rapproche ce mythe d'autres récits analogues d'union entre un
dieu et une mortelle autour du temple étrusque de Pyrgi, en Toscane.
Depuis Tite Live et Denys d'Halicarnasse, depuis tous les historiens de Rome qui les ont précédés, on réfléchit sur le sens
possible de ces mythes, de ces légendes. Un des derniers en date, Michel Serres, se livre à une recherche passionnante
sur les histoires d'Hercule, d'Evandre, d'Enée, de Romulus, des Horaces et des Curiaces, sur la violence dans l'histoire
(Rome, le livre des fondations, Grasset, 1983). Nous sommes à notre tour pris du « tremblement » dont parle M. Serres
face à « ce nuage instable du temps », ce « flou » dans lequel naît l'histoire, se fonde une ville qui a conditionné notre
propre histoire. Qui sait si ce voyage à Rome nous aidera à y voir plus clair ?
Commentaire du schéma ci-contre
A. Carandini a tenté de reconstituer les étapes de la fondation de Rome dans le schéma
ci-contre:
1) Romulus trace le sillon et déplace les mottes de terre
vers l'intérieur ;
2) Le tracé du sillon est renforcé par l'alignement de
pierres terminales ;
3) Le long des pierres est creusé le fossé de fondation du
mur dans lequel les pierres sont ensuite poussées ;
4) On remplit le fossé des matériaux de fondation et on
commence à élever un mur en terre et en bois ;
5) Le mur à créneaux et couvert de fragments de jarre
s'adosse à une porte flanquée de bastions ayant à l'intérieur
deux cabanes de garde / lieux de culte, au bord de la rue qui
monte au Palatin. Un pont devant la porte permet de franchir le
ruisseau et d'accéder à la Voie Sacrée au pied de la Velia,
bordée d'une palissade en cours de construction (cf les
descriptions de palissades et de créneaux dans Homère, Iliade,
VII et XII)
(Roma, Romolo, Remo e la fondazione della città, p. 275)
2) LA ROME ANTIQUE
Une formule mnémotechnique pour se souvenir des « Douze Césars », les empereurs du Ier siècle :
Cesauticaclauné galbovivestido
CÉS(ar) AU(guste) TI(bère) CA(ligula) CLAU(de) NÉ(ron)
GALB(a) O(thon) VI(tellius) VES(pasien) TI(tus) DO(mitien)
Ajoutez au IIe siècle : Trhadanmau : TR(ajan) HAD(rien) AN(tonin) M(arc)-AU(rèle)
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